Journal · 2 octobre 2026 · 5 min de lecture
LaHoChi et dérives : ce que dit la Miviludes, et comment ne jamais en faire partie
Une imposition des mains ne blesse personne. Ce qui blesse, c’est ce qu’on laisse croire à quelqu’un qui aurait dû consulter, et l’emprise qui s’installe parfois autour d’un praticien.
Par Maëlle Joubert
Vendre une formation LaHoChi et écrire un article sur les dérives sectaires, certains y verront une contradiction. J’y vois plutôt une condition. Si vous vous formez avec moi, vous allez recevoir des personnes parfois fragiles, dans un domaine que les pouvoirs publics surveillent de près. Autant savoir pourquoi, et comment rester du bon côté.
Le LaHoChi est-il considéré comme une dérive sectaire ?
Non : aucune pratique n’est en soi qualifiée de dérive sectaire en France. Ce que surveille la Miviludes, ce sont des comportements, quelle que soit la méthode : l’emprise, l’isolement, les exigences financières abusives, et surtout l’éloignement des soins médicaux.
Née d’un décret de novembre 2002, la Miviludes (mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) recueille des signalements et publie rapports et guides. La santé et le bien-être y occupent une place de premier plan, tant les saisines dans ce domaine sont nombreuses. Les pratiques de soins non conventionnelles, dont font partie les approches énergétiques, y sont citées comme un terrain où les dérives se développent facilement.
La méthode n’est donc pas en cause en tant que telle. Le risque tient à la façon dont certains praticiens l’exercent, et à ce qu’ils promettent.
Que dit la loi du 10 mai 2024 ?
La loi n° 2024-420 du 10 mai 2024 visant à renforcer la lutte contre les dérives sectaires a créé un délit de provocation à abandonner ou à s’abstenir de suivre un traitement médical, lorsque cet abandon est présenté comme bénéfique pour la santé alors qu’il expose la personne à un risque grave.
Pour un praticien LaHoChi, la conséquence est simple. Vous ne dites jamais à quelqu’un d’arrêter, de réduire ou de différer un traitement, même par une phrase en passant comme « vous n’en aurez peut-être plus besoin ». Vous ne présentez jamais une séance comme une alternative à une consultation. Cette règle existait déjà dans l’éthique de toute pratique sérieuse ; elle est désormais aussi pénale.
Ce délit vient compléter deux interdits plus anciens : l’exercice illégal de la médecine, dans le code de la santé publique, et les pratiques commerciales trompeuses, dans le code de la consommation. Les références exactes sont sur la page devenir praticien LaHoChi.
Quels signaux doivent alerter un client ?
Un praticien qui promet un effet sur une maladie, qui critique le médecin ou le traitement, qui demande de payer d’avance un grand nombre de séances, ou qui pousse à couper les ponts avec les proches sceptiques. Un seul de ces signaux suffit pour partir.
La commission d’enquête parlementaire de 1995 sur les sectes a retenu une série de critères qui servent encore de repères : la déstabilisation mentale, les exigences financières exorbitantes, la rupture avec l’environnement d’origine, les atteintes à l’intégrité physique, parmi d’autres. Traduits dans l’univers d’un cabinet de bien-être, ils donnent ceci :
| Signal d’alerte | Ce que fait un praticien sérieux |
|---|---|
| « Les séances vont régler votre problème de santé » | Parle de détente et de bien-être, renvoie vers le médecin pour la santé |
| « Votre traitement vous empoisonne, vous n’en aurez plus besoin » | Ne donne jamais d’avis sur un traitement |
| Forfait de nombreuses séances payées d’avance | Un prix par séance, sans engagement |
| « Votre famille bloque votre évolution » | Ne commente pas l’entourage de la personne |
| « Votre maladie vient d’une faute dans une vie antérieure » | Ne donne aucun sens à la difficulté de quelqu’un d’autre |
| Séances de plus en plus fréquentes, à l’initiative du praticien | Laisse la personne décider si et quand elle revient |
Quels pièges guettent le praticien de bonne foi ?
Le vocabulaire médical repris sans y penser, l’interprétation des sensations ressenties pendant la séance, et la place de sauveur qu’une personne en détresse vous offre parfois. La plupart des dérives commencent par de la bonne volonté.
Le premier piège est le vocabulaire. On parle de « soin », de « thérapie », de « traitement » parce que tout le monde en parle autour de soi, y compris certaines présentations de formations. Ces mots installent une attente que vous ne pouvez pas satisfaire. J’ai dressé une liste de remplacements sur la page consacrée au métier.
Le deuxième est l’interprétation. Une chaleur sous vos mains n’est pas un diagnostic. Dire à quelqu’un que vous avez « senti un blocage au foie », c’est lui donner une inquiétude ou une croyance dont il n’a pas besoin.
Le troisième est plus subtil. Certaines personnes viennent vous voir dans un moment très difficile, et vous investissent d’un pouvoir que vous n’avez pas. Il est flatteur de l’accepter. C’est précisément là qu’il faut rappeler le cadre, renvoyer vers un médecin ou un psychologue si nécessaire, et espacer plutôt que multiplier les rendez-vous.
Que faire si vous êtes témoin d’une dérive ?
Un signalement peut être adressé à la Miviludes via son site officiel. En cas de danger immédiat pour une personne, appelez le 17. Si une personne de votre entourage est concernée, gardez le lien avec elle sans la juger : la rupture avec les proches est justement ce que recherche une emprise.
Je n’ai pas écrit cet article pour vous faire peur, ni pour me donner bonne conscience. Je l’ai écrit parce que le LaHoChi mérite d’être pratiqué par des gens qui connaissent ses limites. La formation vous apprend la méthode, présentée sur la page programme. Le cadre, c’est à vous de le tenir. Pour une présentation sobre de la pratique, à faire lire à vos proches, voyez le LaHoChi, c’est quoi.